Ville d'Antony

Allée Plotkine

Le Dimanche 29 avril 2007, la voie privée située au 77-79 avenue François Molé, a été officiellement nommée « Allée Esther et Abraham Plotkine », à l’initiative de M. et Mme Nakache, avec l’accord unanime des riverains, et en présence de Jean-Yves Sénant, maire d’Antony, de Nilda Zérah, 1ère adjointe au Maire, de Paul Fellous, Béatrice Katz et Edmond Nadam, président et vice-présidents de la communauté juive d’Antony, et du Rabbin Yonathan Levy, venu de Montpellier à la demande des descendants d’Esther et Abraham Plotkine.
Lors de l’achat de leur maison, M. et Mme Nakache ont appris par le notaire que les derniers occupants, Abraham et Esther Plotkine, étaient morts en déportation à Auschwitz (convoi 46, Drancy-Auschwitz, février 1943). Bouleversés, ils se sont aussitôt promis de garder leur mémoire et ont décidé avec l’accord de leurs voisins de donner leur nom à leur allée.
Les cinq petits-enfants d’Esther et Abraham Plotkine ont pu assister à cette cérémonie et c’est une des petites-filles qui a retracé l’histoire de ses grands-parents :

« Nos grands-parents sont venus de leur Russie natale au début du XXème siècle en 1905. Ils fuyaient la pauvreté des shtetl et les pogroms organisés. La France avait une réputation de liberté, ils sont venus à Paris, ils y ont exercé le métier de cordonnier et ont eu 4 enfants. Ils se sentaient français et avaient obtenu la nationalité française pour leurs enfants le 26 février 1926.
Soucieux de la bonne santé de leurs enfants, nos grands-parents et trois de leurs amis avaient acheté chacun un petit terrain à Antony en 1920. Mamans et enfants venaient y passer les vacances scolaires d’été et les papas les rejoignaient le dimanche. Notre grand-père fit construire une petite maison de 40 m² : trois petites pièces, petite cuisine et WC à l’extérieur bien sûr. On allait chercher l’eau potable à la fontaine dans la rue, il n’y avait pas de tout-à-l’égoût, l’éclairage était au carbure, et on rapportait le bois pour la cuisinière à bois, qui servait en même temps pour le chauffage, dans une poussette d’enfants du Bois de Verrières.
Pendant la guerre de 1939-45, cette petite maison servit de refuge à 7 personnes : M. Jackie Handelman, son frère et sa maman, Mme Rose Tachnoff née Altman et sa maman, Mme Yvette Nataf née Kerbaum et sa maman.
En 1941, l’atelier de cordonnerie de nos grands-parents a été placé sous le contrôle d’un administrateur provisoire et notre grand-père a été rayé du registre des métiers. C’est à ce moment que nos grands-parents se sont réfugiés dans leur maison d’Antony.
Au début de l’année 1943, suite à une convocation, ils se sont rendus au commissariat à Paris et n’en sont jamais revenus. Ils ont été immédiatement déportés à Drancy puis à Auschwitz. La date officielle de leur décès est le 14 février 1943.
 »

Près du poteau sur lequel est posée la plaque « Allée Esther et Abraham Plotkine », il y a un buis. Ce buis a une histoire : lors de la démolition de l’ancienne maison, un voisin, M. Pradayrol, qui habite 77 avenue François Molé, a fait remarquer à M. Nakache que l’ancien propriétaire avait planté des buis et qu’il serait dommage que ceux-ci disparaissent. Non seulement les buis ont été préservés mais le poteau de l’allée est planté sur une parcelle du terrain appartenant à M. Pradayrol avec son accord. C’est une belle image du présent qui s’enracine dans le passé.