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Histoire
Dernière modification le 04/10/2019

Cavités souterraines : sous la terre, le gruyère

En couverture : Les Catacombes de Paris sont devenues au XVIIIe siècle un ossuaire municipal à l’emplacement d’anciennes carrières.

Des cavités souterraines occupent les sous-sols du haut d’Antony. Elles sont issues de l’exploitation du gypse, activité en vogue entre le XVIe et le XIXe siècle. Des carriers y risquaient leur vie pour extraire cette matière nécessaire à la confection du plâtre utilisé dans le bâtiment.
 

La loi oblige tout bailleur ou vendeur d’un bien immobilier du nord d’Antony à indiquer les risques naturels liés à la présence d’anciennes carrières. Les sous-sols forment en effet un gruyère dans un périmètre délimité aujourd’hui par l’A86 au nord, la coulée verte à l’ouest, l’avenue du Bois-de- Verrière au sud et le quartier Jean Zay à l’est. L’explication renvoie aux caractéristiques géologiques locales : comme les Buttes Chaumont, Montparnasse et Belleville, le bois de Verrière d’Antony et ses alentours recèlent des couches de gypse, issues du limon déposé par une mer peu profonde qui a envahi le bassin parisien à l’ère secondaire. Une fois cuit, broyé et mélangé à l’eau, le gypse devient du plâtre utilisé dans l’agriculture, la chimie ou la construction. Ce minéral s’avère une ressource extrêmement demandée à partir de 1597. Cette année-là, un décret de Louis XIV entend prévenir les incendies en rendant obligatoire l’utilisation de plâtre sur les parois des bâtiments, entre les colombages des maisons de bois.

Enfermés neuf jours

Les exploitations se multiplient dans le sillage de cette réglementation. À Antony, elles se trouvent à près de 15 m de profondeur vers le collège François Furet, à une trentaine de mètres vers le cimetière. Pour y accéder, des trous de service sont aménagés, suffisamment larges (2,50 m) pour permettre la pose d’échelles et faciliter le levage de bennes ou de blocs avec cordages et poulies. Dans ces sous-sols d’une hauteur de 4 à 5 mètres, les carriers extraient la matière à l’aide de pics et de « lances ». Au XVIIIe siècle, âge d’or de cette activité, on dénombre une soixantaine de professionnels dans la commune. Ils « étaient sans doute de très pauvres gens », indique un numéro de 2012 de L’Écho du terroir, la revue de l’Atelier-Musée du pays d’Antony. Leur métier est périlleux. Dans son Histoire d’Antony, l’abbé Enjalvin raconte que le 10 juillet 1752, deux d’entre eux sont restés enfermés dans une carrière pendant neuf jours à cause d’un éboulement consécutif à une manoeuvre. Grâce à la mobilisation de nombreux habitants et de leurs confrères, ils ont été délivrés sains et saufs. Après avoir mangé leur stock de pain et de boisson, ils avaient consommé les chandelles qui servaient à les éclairer, pour survivre.

Cavités en forme de cloche

Aujourd’hui encore, ces carrières peuvent créer des fontis : des effondrements progressifs du plafond dessinent des cavités en forme de cloches qui remontent jusqu’au sol. Dans la rue Robert Doisy, un Antonien a ainsi découvert un jour que l’arbre devant sa propriété avait rétréci. Il s’était enfoncé de 5 m à cause d’un fonti.

En dates

  • 1597 : obligation d’utiliser du plâtre dans la construction de bâtiments
  • 1774 : effondrement rue d’Enfer à Paris. Sept carriers décédés et de nombreuses maisons détruites.
  • 1792 : trois carrières à plâtre recensées à Antony
  • 1961 : 21 morts après l’effondrement d’une ancienne carrière à Clamart