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Histoire
11.11.2018

Centenaire de l'Armistice du 11 novembre 1918 : ils entretiennent le souvenir de la Grande Guerre

Label "Centenaire"Le 11 novembre 1918 marque la fin de quatre années de combats qui ont fait plus de 18,6 millions de morts, d’invalides et de mutilés, dont 8 millions de civils. C’était il y a exactement un siècle. L’heure est au souvenir et à la commémoration partout en France. Y compris à Antony, où 215 des 5 000 habitants ont péri au combat.  
 


Histoire : ils entretiennent le souvenir de la Grande Guerre

Simples curieux, passionnés d’histoire locale, habitants désireux de comprendre leur passé familial ou élèves scolarisés dans la commune… De nombreux Antoniens préservent la mémoire de la Première Guerre mondiale. À l’occasion du centenaire de l’armistice du 11 novembre 1918, une série d’événements met à l’honneur le conflit, notamment une exposition à l’Hôtel de Ville.

Michel Veysseyre : il leur rend un prénom

Michel VeysseyreTout a commencé par hasard, en 2000. En menant des recherches généalogiques, Michel Veysseyre tombe sur un carnet de guerre du grand-père de sa femme. « C’est à ce moment que j’ai attrapé le virus », se souvient-il. Ce retraité des travaux publics a alors pris goût aux odeurs du vieux papier et aux rayons d’archives. Après s’être rendu compte que les monuments aux morts d’Antony comportaient des noms de famille sans mentionner les prénoms, il a élargi ses études à la ville où il a résidé de 1978 à 2016. Au fil de ses trouvailles dans les archives municipales, départementales, et celles en ligne du ministère des Armées, il ne donne pas seulement un prénom aux défunts célébrés chaque 11 Novembre : il découvre aussi un pan méconnu de l’histoire locale. Ses recherches, compilées dans des tableurs numériques et mises en ligne au travers de fiches nominatives sur le site memorial-genweb.org, permettent de comprendre ce que la France doit aux soldats antoniens. 215 d’entre eux ont péri lors du conflit. Une hécatombe au regard de la population antonienne qui compte alors 5 000 âmes. Le début des combats est particulièrement meurtrier. De la Belgique à la Seine-et- Marne, 22 Antoniens tombent sur le champ de bataille le premier mois, alors que la moyenne est de quatre décès mensuel sur l’ensemble de la guerre.

Paris bombardé

En recoupant les dates et lieux de décès avec les événements de l’époque, Michel Veysseyre met en lumière le sort de certains. Alexandre Lahaye est mort le 23 mars 1918 à l’hôpital Villemain, après le premier bombardement allemand par canon à longue portée sur Paris. Les aviateurs étaient rares à l’époque. L’un d’eux, Albert Laumonier, est décédé à l’école d’aviation en 1917, loin du front, à Avord (Cher). Raymond Cardin, quant à lui, a combattu à la guerre du Levant : il a perdu la vie bien après l’armistice, en 1920, en Cilicie, région de la Turquie.

Noms oubliés

Michel Veysseyre révèle également que 25 soldats ne figurent sur aucun monument aux morts d’Antony. « Ils sont probablement originaires de villes et villages de province, où leur nom doit être inscrit. C’est certainement une manière d’éviter les doublons et de compter plus facilement le nombre total de victimes de la guerre », interprète-t-il.

Pour en savoir plus

Site web ; www.memorial-genweb.org

Catherine Cressort : la guerre au cœur de l'héritage familial

Catherine CressortLa Grande Guerre est une histoire de famille pour Catherine Cressot. Cette Antonienne compte cinq ascendants ayant combattu sur le front. Tous ont laissé des documents qu’elle conserve précieusement dans le grenier de son domicile, rue de Châtenay, dans la maison où son grand-père avait emménagé lorsqu’il a quitté Paris pour Antony en 1925. Elle a prêté quelques-unes de ces pièces pour l’exposition dans le hall de l’Hôtel de Ville. Les visiteurs découvriront notamment des cartes postales et plusieurs restes d’obus.

« J’espère vous revoir »

Les conditions étaient réunies pour qu’elle hérite de fragments du passé bien conservés : son grand-père travaillait dans une imprimerie et avait le privilège de posséder un appareil photo qu’il a emporté sur le front. Verdun, Chemin des Dames, fort de Vaux… Il a combattu d’août 1914 à 1919. Outre les clichés qu’il a réalisés, il a envoyé des cartes postales entre deux batailles. Il y annonce à sa famille son prochain retour. Son inquiétude transparaît néanmoins entre les lignes : « Je vous espère tous en bonne santé. J’espère vous revoir », écrit-il. « On sent qu’il était au contact de la mort », commente Catherine Cressot, l’une de ces cartes en main. Malheureusement, les retrouvailles annoncées ont plusieurs fois été retardées, même après l’armistice. Il fait partie des Poilus envoyés en bateau pour combattre dans le détroit des Dardanelles, aux confins de l’actuelle Turquie et de la Grèce. 1919 a marqué son retour en France. Des années plus tard, lorsqu’elle a étudié la Grande Guerre au lycée, Catherine Cressot a cherché à connaître précisément l’histoire de son grand-père. « Il parlait facilement mais n’exprimait jamais ses sentiments, se souvient-elle. Il disait : “J’ai fait mon devoir pour mon pays. Je veux le drapeau sur mon cercueil quand je mourrai.” » Son discours était factuel. Il racontait par exemple avoir fait partie des trois seuls survivants de sa compagnie, après une attaque des Allemands. « “Va où tu veux, meurs où tu dois” : voilà sa devise », poursuit-elle.

Carnet de guerre

L’état d’esprit du beau-frère de son grand-père était semblable. Catherine Cressot a gardé de lui un carnet de notes de guerre, tenu entre sa mobilisation, en 1914, et sa campagne d’Orient, en 1915. Un support aussi intime pourrait lui permettre de laisser libre cours à ses craintes. Pourtant, le soldat y raconte l’horreur de la guerre sans état d’âme, dans un style télégraphique. Catherine Cressot tourne les pages pour retrouver des extraits marquants : « Départ à 4 h du matin. Traversée des tranchées pleines d’eau jusqu’à la cheville. Arrivée à Sailly-au-Bois à 5 h dans une grange pleine de foin », lit-elle. Plus loin : « 5 h. Nous sommes bombardés par les Boches qui nous blessent trois hommes. Un éclat d’obus ouvre le crâne de l’adjudant Pinard et le tue net. » L’Antonienne referme le carnet bordeaux de son ancêtre. Pourquoi garde-t-elle ces documents ? « C’est important de partager ce type d’histoires personnelles qui font l’histoire du pays. Cela montre combien la paix est essentielle. »

Mathias Toubart : Poilu du 3e millénaire

Mathias ToubartMathias Toubart, 17 ans, attend ce moment avec impatience. Le dimanche 11 novembre, il défilera en tête de cortège lors de la cérémonie commémorative du centenaire de la Grande Guerre organisée par la Ville. Le jeune homme ne devrait pas passer inaperçu. Il revêtira pour l’occasion une tenue de Poilu datant de 1917 qu’il a achetée dans une boutique spécialisée : pantalon recouvert par des bandes molletières, chemise piou-piou sous une vareuse et un manteau en drap de laine, casque et masque à gaz M2 sur la tête. Le tout complété par des accessoires : gourde et pelle de tranchée.

Sur les traces de son arrière-arrière-grand-père

Répondant à une annonce parue dans Vivre à Antony, il s’est fait connaître en prêtant plusieurs objets d’époque qui compléteront l’exposition La Guerre des crayons, dans le hall de l’Hôtel de Ville. Sa collection comprend une Croix de guerre, des figurines, des lettres de soldats et de leur famille, des maquettes représentant par exemple un champ de bataille. Une passion qui puise son origine dans son histoire familiale. Son arrière-arrière-grand-père faisait partie du 7e régiment des tirailleurs algériens. Il a été trépané et gazé mais a survécu : « J’ai alors perçu ce conflit différemment », précise-t-il.

Comme un historien

Ce lycéen, en 2de Arts appliqués à l’institution Saint-Martin de Palaiseau, est aussi fasciné par les films d’histoire, les décors et les costumes. Sa mère et ses grands-parents maternels, qui ont exercé dans le milieu théâtral, n’y sont pas étrangers. Cet héritage le pousse à se documenter abondamment et à se procurer son uniforme de Poilu. « Porter cette tenue est une façon de rendre hommage à tous ceux qui se sont battus pour les générations futures, estime-t-il. J’ai le sentiment d’être un passeur de mémoire. » Tel un historien, il est capable de raconter les batailles et les conditions de vie dans les tranchées, comme s’il les avait lui-même endurées. Il détaille les techniques de combat qui n’ont cessé d’évoluer durant cette période marquée par la fin de la révolution industrielle. Il peut expliquer comment les troupes allemandes se sont emparées du fort de Douaumont dans la Meuse. Face aux forces ennemies, ce site stratégique n’est défendu que par une poignée de réservistes français. Le fort est pris début 1916 par une vingtaine d’Allemands seulement, avant d’être reconquis par le régiment d’infanterie coloniale du Maroc, quelques mois plus tard. Pour compléter ses connaissances, Mathias Toubart se rend à des expositions et dans des musées, comme celui de la Grande Guerre à Meaux. Une référence à ses yeux. Selon lui, 1914-1918 est quelque peu tombé dans l’oubli car ce conflit est très ancien. Le dernier Poilu, Lazare Ponticelli, est décédé à 110 ans au Kremlin-Bicêtre en 2008. « La Grande Guerre mériterait un intérêt plus marqué dans les médias comme à l’école », considère-t-il. Les commémorations de novembre devraient y remédier.

Institution Sainte-Marie : à la recherche des élèves perdus

Sainte-MarieC’est une plaque devant laquelle les collégiens et lycéens de l’institution Sainte-Marie passent chaque jour sans y prêter attention. Elle énumère 112 noms. Paul Jouanest, Jean Thouroude, Soulange Renard… Tous sont des élèves ou maîtres de l’établissement qui ont pris les armes et ont péri lors de la Grande Guerre. Cet « angle mort » de l’histoire de l’établissement, alors installé à Paris, a donné une idée à Matthieu et Adèle Limosino, respectivement professeurs en histoire et en français : proposer aux élèves de 2nde de mettre en lumière ces ancêtres. Pour cela, l’enseignement d’exploration « Littérature et société » a fourni le support idéal : il concilie la rigueur de la recherche historique et la créativité littéraire. Les élèves ont ainsi romancé les parcours individuels en s’appuyant néanmoins sur des faits.

Patience et rigueur

Encore fallait-il retrouver ce passé. Les archives en ligne du ministère des Armées recensent les Poilus décédés. Elles se sont avérées très utiles, sans être toutefois suffisantes. Les élèves se sont tournés vers le fonds documentaire du lycée et vers celui du Département. Ils ont appris à établir l’arbre généalogique de certains de ces élèves et de leur famille. Comme celui de « Pierre Hippolyte Victor Joseph Sorbier de Pougnadoresse », dont Étienne, aujourd’hui en 1re connaît encore le nom par cœur. Un historien, Arnaud Baubérot, leur a également expliqué comment vivaient les adolescents de l’époque. « Les recherches nous ont demandé beaucoup de patience et de rigueur tout au long de l’année dernière », souligne Jeanne. Il a fallu démêler certains nœuds, notamment lorsqu’ils sont tombés sur des homonymes, ou lorsque le prénom inscrit sur la plaque ne correspondait pas au premier prénom inscrit sur l’état civil du soldat, mais au deuxième ou troisième, qu’il portait usuellement, comme cela se faisait souvent à l’époque. Le fruit de leurs heures de labeur sera visible en novembre : une exposition présentera des extraits de leurs textes, accompagnés de clichés et d’objets d’époque, récupérés auprès des descendants. « Une famille nous a même expédié des cheveux d’un Poilu réputé pour sa chevelure bouclée », s’amuse Justine.

Mémorial numérique

Chacun des 26 élèves s’est concentré sur un Poilu. Plus de 80 n’ont pas encore été étudiés. « On aimerait qu’ils le soient tous », informe Adèle Limosino. Les enseignants voudraient aussi rassembler toutes ces histoires sur un Mémorial numérique, hébergé sur le site de leur établissement. L’enjeu est aussi de commémorer autrement le 11 Novembre chaque année. « Aujourd’hui, les noms sont cités les uns après les autres. Demain, on pourrait lire l’histoire de l’un d’eux pour donner plus de sens à la cérémonie », conclut-elle.

  • Exposition du 12 au 25 novembre à l’institution Sainte-Marie, 2 rue de l’Abbaye.
  • « Être jeune avant la grande guerre » par Arnaud Baubérot, le 12 novembre : cliquez ici pour en savoir plus !

Les écoliers se mobilisent

Anne Maligeay et Olivier Pépin, enseignants en CE2 et CM2 à l’école Ferdinand Buisson, ont mené avec leurs élèves un travail qui aboutira lors de la cérémonie commémorative du 11 Novembre, devant l’Hôtel de Ville. Deux
enfants de CM2 liront des lettres de Poilus et les CE2 déclameront une poésie, dont le refrain sera entonné par les 55 élèves présents. Ils porteront tous des chasubles bleues, blanches et rouges pour former le drapeau tricolore.

Dimanche 11 novembre 2018 à partir de 9 h 30, à l’église Saint-Saturnin.

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