Pour prospérer, il faut souvent innover. Certaines entreprises antoniennes appliquent cette formule avec brio : l’innovation justifie leur création ou représente le moteur de leur développement La Ville a créé « Antonypole Innovation » afin de les soutenir. Elle leur loue des locaux refaits à neuf à des tarifs avantageux. D’autres associations et structures ancrées sur le territoire, comme Systematic et Réseau Entreprendre 92, leur apportent une expertise et une aide financière.


Ces Antoniens qui innovent

Mobilité, biomédical, nouvelles technologies, bâtiment… Dans des secteurs très différents, les entrepreneurs rivalisent d’innovations à Antony. Ainsi, ils valorisent à la fois leur idée et le territoire.

Bluevolt : zéro carbone, 100% innovant

Johan Grant, créateur de Blue Volt, qui commercialise le Feddz.Le bolide fend en silence l’air frais de cet après-midi de février. Johan Grant, sur son cyclo moteur électrique, attire les badauds antoniens autour de l’Hôtel-de-Ville. Il faut dire que le Feddz 45, nom de son véhicule, ne court pas les rues. Son design fait de courbes en aluminium blanc lui donne des airs de top model des deux-roues. Il représente le premier produit innovant vendu en ligne par la société de ce quadragénaire, dénommée Bluevolt. Créée en juin 2016, celle-ci commercialisera à terme des produits de mobilité décarbonée haut de gamme : mini-scooters et trottinettes électriques, gyropodes, drones, Segway, skates électriques… Chacun des articles sera sélectionné soigneusement par Johan Grant chez des fabricants réputés. C’est déjà la démarche que cet Antonien né sur l’île Maurice a adoptée pour le Feddz : il s’est rendu en Allemagne pour rencontrer les anciens ingénieurs de Mercedes et de BMW, fondateurs de la société qui a conçu le cyclomoteur électrique. Il a été formé là-bas pour assurer la maintenance du produit et a obtenu l’exclusivité de sa revente en France. Ancien commercial dans l’aéronautique mais sans expérience de la création d’entreprise, Johan Grant a été épaulé pour lancer Bluevolt. « En France, il y a vraiment tout ce qu’il faut pour cela », affirme-t-il. Il a suivi un stage à la Chambre de commerce et d’industrie, a obtenu un emprunt auprès de Hauts-de-Seine Initiative. « Quant aux banques, elles ont été emballées par le projet », poursuit-il. Ne reste plus qu’à vendre et à attirer les badauds sur son site Internet.

Renseignements complémentaires
Site internet : feddz.fr

Acubens : un kit d'urgence unique au monde

Julie Etzol, cofondatrice de la société Acubens, dans son laboratoire.Accident nucléaire, attaque terroriste à la bombe sale…, ces scénarios redoutés par les autorités demandent de l’anticipation.  Discrètement, des chercheurs mettent au point des solutions pour y faire face, comme Caroline Bettencourt et Julie Etzol. Le produit sur lequel elles travaillent est attendu par l’armée et la sécurité civile : il s’agit du DosiKit, un mini-laboratoire transportable qui contient le matériel pour mesurer et localiser l’irradiation par des prélèvements sanguins et pileux, directement sur le terrain, dans une situation d’urgence nucléaire. Actuellement, les seules méthodes existantes sont coûteuses et fastidieuses. « Il faut faire des analyses en laboratoire pendant une semaine », précise Julie Etzol. Cette innovation, financée initialement par l’Union européenne et accompagnée par Réseau Entreprendre 92 et la Chambre de commerce et d’industrie, a abouti à la naissance d’Acubens en septembre 2013, domicilié à Antony. Rien ne prédestinait ces deux trentenaires à lancer leur entreprise lorsqu’elles se sont engagées dans un doctorat en radiobiologie et biotechnologies. « C’est notre directeur de thèse qui nous a conseillé de créer une société pour valoriser les brevets que nous avions déposés », précise Julie. Les deux chercheuses, accompagnées d’un salarié, passent 80 % de leur temps à peaufiner leur produit en laboratoire, sur le site du CEA de Fontenay-aux-Roses. Le reste est consacré à de l’administratif, ou aux relations avec les partenaires. En novembre, Caroline et Julie ont par exemple testé leur dispositif avec l’armée française lors d’une simulation d’accident nucléaire à Toulon, montrant la capacité du dispositif à aider à la protection des populations.

Renseignements complémentaires
Site internet : acubens-biotech.fr

Dräger medical : technologies salvatrices

Des médecins viennent se former à Antony sur les produits innovants de Dräger.L’innovation et Dräger, c’est comme le gendarme et son képi : l’un ne va pas sans l’autre. Le parallèle est d’autant plus justifié que cette société allemande, installée à Antonypole, a inventé l’éthylotest utilisé par les forces de l’ordre françaises. Ce fait d’armes a contribué au succès de l’entreprise. Mais il n’est pas le seul. Depuis sa création en Allemagne en 1884 par Johann Heinrich Dräger, ascendant de l’actuel patron du groupe, Stefan Dräger, les inventions se sont succédé. Toutes ont un point commun : elles participent à protéger des vies. Dräger a ainsi conçu au cours de l’histoire et encore aujourd’hui des appareils de protection respiratoire pour les mines, des ventilateurs d’urgence utilisés en médecine, des équipements de protection contre les gaz dangereux, des systèmes d’anesthésie, d’aide aux prématurés, de lutte contre les incendies… Comment le groupe parvient-il à inventer sans cesse ces nouveaux produits ? « 9 % du chiffre d’affaires est consacré à la recherche et au développement », répond Yves Le Gouguec, président de Dräger France. L’entreprise obtient ainsi 150 brevets par an. Outre la recherche fondamentale, l’innovation naît des interactions avec ses clients. Lorsque pompiers, industriels, médecins formulent une demande, les ingénieurs de la société tentent d’y répondre par de nouveaux produits. Le point fort de Dräger réside aussi dans la formation innovante. À Antony, des médecins viennent régulièrement s’initier au matériel conçu par le groupe.

Renseignements complémentaires
25 rue Georges-Besse.
Site internet : draeger.com/fr

Build 4.0 : geeks du bâtiment

Build 4.0 : Godefroy Denormandie et Hugo Marilier.Le sort des châteaux de Vaux-le-Vicomte et de Fontainebleau va-t-il se jouer à Antony ? La question – un brin chauvine – se pose, à écouter Godefroy Denormandie et Hugo Marilier. Ces deux ingénieurs de 25 ans, copains depuis qu’ils se sont connus à la maternelle de La Fontaine, ont participé au lancement de Build 4.0, une start-up innovante du bâtiment. Celle-ci commercialise Prosystem, une solution d’assèchement des espaces humides : au lieu de procéder par injections de résine, technique la plus répandue mais qui s’avère fastidieuse et demande de percer les murs, leur produit ressemble à une box Internet qu’il suffit de brancher sur une prise terre. Le boîtier crée un contre-champ électromagnétique qui interrompt les remontées humides dans les murs en provenance du sol. Cette technologie a déjà fait ses preuves sur des monuments historiques, comme la cathédrale de Southwark de Londres. Comment Hugo et Godefroy ont-ils eu vent de ce procédé novateur ? « On a croisé les bonnes personnes au bon moment », résume Godefroy Denormandie. Ce sont des connaissances, Jacques Bories et Yadran Begovic, qui les ont contactés. Ce dernier a rencontré lors du salon du Patrimoine un ingénieur croate qui a mis au point Prosystem. Les deux hommes, entrepreneurs à la retraite, ont voulu commercialiser cette trouvaille en s’associant à deux jeunes ingénieurs. Ils ont aussi apporté les fonds nécessaires pour lancer l’entreprise en mai 2016 à Paris. Aujourd’hui, la société compte cinq salariés et travaille avec des clients prestigieux comme la RATP, La Poste, la Mairie de Paris, et bien sûr, les châteaux de Vaux-le-Vicomte et de Fontainebleau.

Renseignements complémentaires
Site internet : build-innovation.com


Antonypole Innovation : anticiper l’avenir

À Antonypole, la Ville a remis à neuf un bâtiment dont elle loue les bureaux à des entreprises innovantes pour les soutenir dans leur développement. Initié en 2016, ce projet favorise l’emploi local et donne un aperçu du futur visage de ce quartier en pleine mutation.

Les salariés de Kepler HR sont les premiers à avoir emménagé à Antonypole Innovation en 2016.En ce lundi après-midi de février, Karen Sejotte, chargée de mission chez Kepler HR, a les yeux rivés sur son ordinateur. Son bureau qu’elle partage avec sa collègue Julie Denis, chef de projet communication, est baigné de lumière. « Il est grand, calme et bien équipé, constate-t-elle avec satisfaction. Nous disposons aussi d’un parking et d’une cuisine. C’est pratique ! » Cette entreprise est la première installée dans ces locaux en 2016. Proche du centre Malraux, ce bâtiment de 590 m² compte 475 m² d’espaces de travail répartis sur deux étages. Il appartient à l’Établissement public foncier d’Île-de-France qui l’a mis à disposition de la Ville. Les élus ont souhaité en faire un lieu unique à Antony. Un lieu qui préfigure le devenir du quartier appelé à se métamorphoser avec 100 000 m² de bureaux, de nombreux commerces et 3 000 logements à l’horizon 2030. Le concept bâti à partir d’autres expériences en matière d’accueil de start-up favorisera le développement d’un écosystème local de l’innovation. Baptisé Antonypole Innovation, le lieu est dédié à l’implantation de jeunes sociétés innovantes, en croissance et créatrices d’emplois qualifiés, qui participeront à l’émergence d’une dynamique économique à Antony, renforçant ainsi notre attractivité. Pour leur offrir des conditions favorables à leur développement, la Ville a engagé toute une série de travaux : sols et murs refaits à neuf, raccordement à la fibre optique, aménagement de deux cuisines, d’un espace détente et d’une salle de réunion équipée Wifi , installation de mobiliers dans les 50 bureaux disponibles. Résultat, les entrepreneurs et leurs salariés n’ont plus qu’à déposer leurs affaires !

Un comité de sélection et de suivi

Spécialisée dans le conseil et la formation à la création d’entreprise, BGE PaRIF s’est implantée dans le sud du département pour se rapprocher de ses partenaires, Pôle emploi et Vallée Sud - Grand Paris. « Nous avons été agréablement surpris par l’état des locaux lors de notre première visite, souligne Grégory Benas, responsable de territoire. Selon nos besoins, nous pouvons facilement obtenir des bureaux supplémentaires. Pour une structure associative comme la nôtre, profiter de loyers à tarif réduit est aussi déterminant. Ici, ceux pratiqués par la mairie d’Antony défient toute concurrence. » Le coût ? 150 € mensuel HT par poste de travail. Les jeunes pousses qui désirent à leur tour intégrer Antonypole Innovation doivent s’adresser à la direction de l’Activité économique de la Ville. Pragmatique, la Ville a mis en place un comité de sélection composé d’experts de l’entreprise et de l’innovation pour étudier chacune des demandes. Seules les entreprises innovantes, autrement dit à vocation technologique mais aussi celles qui développent un produit ou un service nouveau, seront retenues. « Nous attendons l’arrivée de nouveaux occupants, poursuit Karen Sejotte. Cela conforterait une dynamique favorable pour tout le monde. »

En chiffres
  • 590 m2 sur deux étages ;
  • 475 m2 d’espaces de travail, soit 50 bureaux ;
  • 2 cuisines et 1 espace de détente ;
  • loyer de 150 €(HT) mensuel par poste de travail
     
Renseignements complémentaires

Hôtel-de-Ville - Place de l’Hôtel-de-Ville Direction de l’Activité économique Tél. 01 40 96 73 97


Systematic : un réseau pour voir plus haut

Les entreprises antoniennes ont tiré les premiers bénéfices du partenariat signé il y a un an environ entre la Ville et le pôle de compétitivité Systematic. D’autres projets, plus ambitieux encore, sont dans les cartons.

De gauche à droite : François Goulette et Fatma Betouati, élus en charge des questions économiques, le Maire, Jean-Yves Sénant, et Jean-Luc Beylat, président de Systematic.Nous sommes le 10 février 2016. Un partenariat entre la Mairie et le pôle de compétitivité Systematic Paris Région est signé à l’Hôtel-de-Ville. Objectif : renforcer l’attractivité économique à Antony. Inspiré de la Silicon Valley aux États-Unis, Systematic fait coopérer les acteurs économiques des territoires partout en Île-de-France. Huit cents entreprises de toutes tailles ainsi que des organismes de recherche publics ou privés en sont membres. Ils forment un réseau dont l’objectif est de favoriser le développement de l’emploi local et l’innovation, particulièrement dans le numérique, l’électronique et l’informatique.

Ville intelligente

En février, cette coopération a été reconduite pour l’année. Quel est aujourd’hui le bilan de ce partenariat entre la Ville et Systematic ? Deux événements ont été organisés en 2016. En juin, une formation sur les achats innovants a été proposée aux entrepreneurs antoniens. En octobre, l’espace Vasarely a accueilli un club open business. Celui-ci a mis en relation des acheteurs, généralement issus de grands groupes, et des fournisseurs de solutions ou produits innovants, le plus souvent proposés par des start-up. Des créateurs d’entreprise se sont ainsi fait connaître des responsables de grandes sociétés antoniennes, comme Infopro Digital, installé à la Croix de Berny. Ce club open business a également été l’occasion de réfléchir à la « ville intelligente ». Souvent connu sous son appellation anglaise, « smart city », ce concept entend utiliser les nouvelles technologies pour améliorer la qualité des services urbains. La Ville envisage d’ailleurs la tenue d’un événement d’envergure régionale au cours de l’année sur ce thème.

Renseignements complémentaires :

Site internet : http://systematic-paris-region.org/


Réseau entreprendre 92 : un mentor pour éclore

L’association finance et accompagne les créateurs et repreneurs d’entreprise. Une quinzaine d’entre eux sont suivis sur le territoire de Vallée Sud - Grand Paris et huit dossiers sont en cours d’étude.

Les lauréats de Réseau Entreprendre 92 en 2016.Lancer une entreprise revient parfois à gravir un col hors catégorie. Pour franchir ces lacets pentus, les 135 chefs d’entreprise de Réseau Entreprendre 92 (RE 92) donnent de l’oxygène aux grimpeurs entrepreneurs. À Antony, plusieurs porteurs de projet en profitent. Ils bénéficient d’un prêt d’honneur de 30 000 ou 60 000 € à taux zéro, accordé en fonction du degré d’innovation de leur société. Ce prêt est octroyé sans demande de garantie, remboursable sur trois ans et demi, avec un différé de 18 mois. Un chef d’entreprise accompagne également bénévolement les entrepreneurs pendant deux ans minimum : « Nous avons un rendez-vous mensuel, lors duquel nous abordons toute question : stratégie, trésorerie, investissements, politique d’embauche… », précise Philippe Deldycke, administrateur délégué RE 92. Les créateurs tirent également profit du réseau des 6 000 chefs d’entreprise adhérents de l’association en France, ainsi que de réunions ou formations dispensées sur des sujets qui touchent à l’entrepreneuriat.

Business plan et jury

Pour se faire aider, une entreprise doit répondre à plusieurs critères. Elle doit avoir moins de trois ans et viser la création de cinq emplois pérennes dans les trois ans. Autre élément déterminant : le business plan. Ce document est analysé par le porteur de projet et un chef d’entreprise de RE 92. Lorsqu’il est prêt, le candidat passe devant un jury qui décide s’il peut devenir lauréat, lui ouvrant droit au prêt et au mentorat. Ce processus fait que le taux de survie à trois ans des entreprises lauréates est de 90 % contre un taux moyen de 50 % en national. Les projets accompagnés seront récompensés lors d’une fête des Entrepreneurs, programmée en fin d’année en partenariat avec la Ville.

Renseignements complémentaires

E-mail : phdeldycke@gmail.com
Site internet : reseau-entreprendre-92.fr